Quelle est la trame principale de Kaamelott, le fil rouge qui anime cette histoire ? La quête du Graal ? Le règne d’Arthur sur le royaume de Logres ? Les invasions barbares, la montée du christianisme, la décadence de Rome ? Rien de tout cela. L’élément le plus important de Kaamelott est un homme comme tous les autres : Arthur.
Attention ! Ce qui suit révèle des éléments importants de l’histoire, vous lisez cet article en toute technique d’arrosage…
Arthur, le héros…
… découragé
Arthur est un héros qui n’est pas héroïque, en ce sens qu’il n’est pas parfait en toutes circonstances. Alexandre Astier l’explique en ces termes :
J’aime les héros qui se découragent. Peut-être par antagonisme avec les héros de films épiques, même les héros de la quête arthurienne, qui eux peuvent échouer sur des choses nobles mais n’échouent jamais sur leur volontarisme ou sur leurs convictions. Je trouve que c’est fantasmé, je trouve que ce n’est pas humain d’avoir une conviction inébranlable. Je trouve que c’est mal connaître la psychologie et la nature humaine que de penser qu’un héros serait celui qui ne douterait jamais de devoir faire ce qu’il a à faire.
Kaamelott est ni plus ni moins que l’histoire de la vie d’Arthur, un homme dont l’enfance n’a semble-t-il pas été très heureuse, et dont la vie n’est guère mieux. Fils bâtard d’Uther Pendragon, il n’a jamais connu la brute épaisse et tyrannique qu’était son géniteur. Confié aux soins d’Anton par sa mère Ygerne, Arthur n’a que très peu de souvenir de sa petite enfance passée chez ce père adoptif avant d’être envoyé à Rome à l’âge de six ans pour y être formé à la carrière militaire.
Ses années à Rome se déroulent sans histoires, formé comme soldat il rejoint la Légion en Afrique avant d’atterrir à la Milice Urbaine où sa vie stagne. Il lit beaucoup, notamment des écrits de stratégie, mais n’a pas réellement d’ambition. Son retour précipité en Bretagne une fois adulte n’est que le résultat d’une sombre intrigue politique menée par des sénateurs romains et visant à reconquérir la Bretagne, le propulsant du jour au lendemain de simple soldat au rang de souverain. Une fois en poste, il lui faut composer avec les dirigeants locaux, souvent bien plus intéressés par l’argent et le pouvoir que par le prestige ou la quête du Graal qu’il faut mettre en place. Arthur est parfois brusque, souvent incisif, mordant dans ses répliques ; il manie l’ironie et le cynisme, la répartie cinglante et la mauvaise foi. Il se décourage, il perd espoir, il s’énerve. Un portrait peu reluisant, et pourtant…Le personnage d’Arthur est attachant, justement parce qu’il n’est pas parfait ; ces traits qui devraient faire de lui un personnage antipathique sont bien ceux qui nous poussent à nous prendre d‘affection pour lui. Arthur est le seul personnage a avoir compris ce qu’est la quête du Graal, et il a réalisé dès le départ que la tâche allait être très difficile. Si chaque Livre possède sa propre trame au sein de l’ensemble de la série, il révèle également différentes parties du personnage d’Arthur. Les Livres I et II dévoilent le roi qu’est Arthur : un souverain moderne, avant-gardiste dans certains domaines, ouvert, qui gouverne de manière juste et magnanime avec l’aide plus ou moins utile de son entourage. Les Livres III et IV traitent de l’homme qu’est Arthur et de sa relation avec les femmes.
Son mariage politique ne lui apporte rien et ses nombreuses maîtresses ne peuvent compenser son manque d’amour. Lorsque Guenièvre s’enfuit avec le renégat Lancelot, Arthur tente de concrétiser son amour impossible avec Mevanwi, la femme du chevalier Karadoc. Nouvelle déconvenue qui l’amène finalement à se réconcilier avec Guenièvre, sans toutefois améliorer significativement leur relation. Arthur n’est pas heureux en amour. Le Livre V est le plus intime, l’abandon du roi. Arthur renonce à son trône, à la quête du Graal, à tout, avec des conséquences terribles, pour lui comme pour le royaume, qui sombre dans le chaos. Le Livre VI conclut cette fresque de la vie d’Arthur en expliquant les raisons de cet abandon, son accession au trône de Bretagne et les dernière années de sa vie romaine.… solitaire
Si la majorité des personnages apportent à un moment ou à un autre leur aide à Arthur, certains lui sont d’une plus grande aide que d’autres. Là encore Kaamelott se démarque des œuvres plus connues qui traitent de la légende arthurienne. Car dans Kaamelott, le niveau intellectuel moyen n’est pas bien élevé… Alexandre Astier l’explique ainsi :
Kaamelott est construit en grande partie sur des gens qui, contrairement aux films épiques, n’ont pas tous compris ce qu’ils devaient faire. Dans un film épique tout le monde comprend ; c’est extraordinaire, même quelque chose d’aussi symbolique, impalpable et éthéré que le Graal, c’est exposé dans une table de vingt-quatre personnages, trente, cinquante personnages, et les mecs au bout d’une demi heure se lèvent, et partent la fleur au fusil chercher le Graal, alors qu’encore une fois il n’a pas d’identité. Je me suis occupé, ou j’ai eu l’impression de m’occuper, uniquement de ré-établir une vérité qui fait qu’au bout d’une, deux, trois, cinq, dix, cent réunions sur le Graal, je suis persuadé qu’il est parfaitement improbable et impensable de mettre en scène des mecs dont tous les bateaux vont dans le même sens. Je pense qu’il y a des mecs qui sont restés à la ramasse.
Si Lancelot est de l’avis d’Arthur « le seul qui tienne à peu près debout », l’aide de Léodagan ou Merlin n’est pas négligeable même si l’importance de ces contributions varie avec les saisons. Cette inconstance fait d’Arthur un héros solitaire qui ne peut réellement s’appuyer sur des proches pour alléger sa charge. Le héros voguant seul vers le succès est un stéréotype récurrent (et Lancelot le conçoit d’ailleurs comme cela) mais Kaamelott se montre original dans le fait que cette solitude est un imposée et mal vécue, allant jusqu’à entraîner l’échec du héros.
Le naïf et fidèle Perceval prend très tôt de l’importance auprès du roi, dès le Livre II, Lancelot apporte une grande aide dans la création de Kaamelott et le gouvernement du royaume, de même que Père Blaise ou Léodagan ; mais dans le fond, Arthur est seul car aucun de ses proches ne comprend sa vie personnelle − dont une grande partie, toute son enfance à Rome, n’est connue que de lui, Père Blaise, Merlin et du Maître d’Armes sans le loisir d’en discuter − et pire, sa vie de roi ; les souverains et assimilés qui l’entourent se déchargent sur lui de toutes les responsabilités, et passent finalement plus de temps à l’encombrer et lui compliquer la tâche qu’à l’aider à gouverner. Preuve en est que suite à l’abandon d’Arthur, le royaume ne perd guère de temps pour péricliter sans personne pour le tenir en place.… volontaire
Car il faut bien le souligner, Arthur est volontaire, ce qui explique peut-être son refus du trône au moment où, croit-il, il touche le fond : il a choisi sa voie, il peut choisir de l’abandonner.
« Pour le Graal, j’ai bâti une forteresse. « Kaamelott », ça s’appelle. J’ai été chercher des chevaliers dans tout le royaume ; en Calédonie, en Carmélide, à Gaune, à Vannes, au Pays de Galles… J’ai fait construire une grande table, pour que les chevaliers s’assoient ensemble ; je l’ai voulu ronde, pour qu’aucun d’entre eux ne se retrouve assis dans un angle, ou en bout de table. C’était compliqué, alors j’ai essayé d’expliquer ce que c’était le Graal, pour que tout le monde comprenne. C’était difficile, alors j’ai essayé de rigoler pour que personne ne s’ennuie. J’ai raté, mais je ne veux pas qu’on dise que j’ai rien foutu ; parce que c’est pas vrai. »
Et c’est ce qui fait d’Arthur un personnage pour lequel on se prend d’empathie : parce que malgré tout ce qu’il subit, il essaie de garder la tête haute, de maîtriser, d’assumer son rôle et de rigoler pour détendre l’atmosphère et conserver une équipe soudée. Rien ne l’empêcherait, à l’instar d’un Uther, d’un Léodagan ou d’un Goustan, de régner d’une main de fer, d’imposer sa volonté sans laisser place au dialogue ou à la discussion ; mais Arthur est un roi en avance sur son époque, qui gouverne comme un homme moderne, avec une vision moderne. Il rame, mais il persévère, autant qu’il peut.
Tous les membres de son gouvernement et de son entourage sont là de leur propre volonté, sans astreinte particulière ; ils sont soumis au roi, mais leur présence n’est pas obligatoire et Arthur montre à plusieurs reprises qu’il peut être souple sur la présence et les dérives de chacun.
Bibliographie
Pour plus d’informations :
- Wikipédia
- Kaamelott, bonus du Livre V : entretien avec Alexandre Astier
- Kaamelott, Livre V − épisode 49 : Le Retour Du Roi, discours d’Arthur devant la Table Ronde
- Auberge des Deux Renards : dossier sur le personnage de Perceval
Crédits photos : kaamelott.com − tous droits réservés




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